L’ostéochondrose est une maladie de croissance du jeune cheval. Elle touche le cartilage des articulations pendant les premiers mois de vie, souvent sans signe visible, et se découvre parfois à la radiographie d’achat ou au début du travail. Cet article s’appuie sur le travail de fin d’études vétérinaires de Paul Bruneau, rédigé à l’université de Liège en 2021-2022, qui fait le point sur les causes et sur la sélection, et sur l’article de Wikipédia consacré à l’ostéochondrite.
Ce qu’il faut retenir
- La plupart des lésions se forment avant l’âge de 7 mois.
- Certaines guérissent seules, mais cette capacité décline nettement à partir de 12 mois.
- La maladie a plusieurs causes : alimentation, exercice, croissance, génétique.
- Le diagnostic se fait surtout par radiographie.
- Un poulain au pré, avec un exercice régulier, s’en sort mieux qu’un poulain au box.
Ce qu’est l’ostéochondrose
À la naissance, une grande part du squelette est encore du cartilage, qui se transforme peu à peu en os. Bruneau décrit l’ostéochondrose comme une perturbation locale de cette ossification, dans le cartilage en croissance. Des fissures apparaissent à la jonction entre le cartilage et l’os, et des lambeaux ou des fragments se forment parfois dans l’articulation. On parle alors d’ostéochondrose disséquante, ou OCD.
D’après Wikipédia, chez le cheval, la maladie touche le plus souvent les grassets, les boulets et les jarrets. Bruneau cite le grasset comme un site fréquent.
Combien de poulains sont touchés
Les chiffres varient selon les études et les articulations radiographiées. Bruneau rapporte une prévalence estimée de 33 à 44 %, mesurée par dépistage radiographique des yearlings. Il cite aussi des études où 20 à 26,5 % des chevaux présentent au moins une lésion. Il précise que le dépistage radiographique avant achat est plus répandu en Europe qu’aux États-Unis, ce qui explique que la plupart des données viennent d’élevages européens.
Quand les lésions apparaissent
Selon le travail de Bruneau, la plupart des lésions se développent avant 7 mois. Beaucoup ne se voient pas : elles ne sont diagnostiquées que plus tard, quand le cheval commence à travailler et que l’articulation est sollicitée.
Une partie des lésions guérit pendant la croissance. Cette capacité de réparation décline rapidement à partir de 12 mois, avec la réduction des vaisseaux qui nourrissent le cartilage. Après un an, une lésion a peu de chances de guérir davantage. La première année est donc la fenêtre où l’élevage pèse le plus.
Les causes
Bruneau présente l’ostéochondrose comme une maladie multifactorielle : nutrition, environnement, contraintes mécaniques et génétique.
L’alimentation
Bruneau cite une étude menée par une équipe liégeoise sur 204 poulains suivis de 6 à 18 mois. Les poulains nourris avec des concentrés avaient une probabilité plus élevée de développer des lésions d’OCD. Ceux qui n’en recevaient pas avaient une probabilité plus élevée de guérir de leurs lésions. Bruneau appelle à la prudence : l’étude n’invite pas à bannir les concentrés, car la malnutrition augmente elle aussi les risques. Notre guide du sevrage du poulain rappelle qu’une ration riche en céréales prédispose à l’ostéochondrose et conseille de privilégier fibres et matières grasses.
L’exercice
Trop d’exercice fait progresser une lésion précoce. Trop peu, ou un exercice irrégulier, nuit aussi : d’après Bruneau, les poulains élevés au box développent plus de lésions que ceux qui vivent au paddock. Après un an, ce sont surtout les traumatismes liés à un exercice excessif qui causent des lésions tardives.
La génétique
L’héritabilité varie de 0,02 à 0,45 selon l’articulation, d’après les études citées par Bruneau. Il rapporte l’exemple de chevaux Maremmano : avec une héritabilité estimée à 0,14, sélectionner mâles et femelles sur cinq générations ferait passer l’OCD de 17 % à 2 %.
La mère
Bruneau cite une étude sur l’obésité de la jument : les juments obèses étaient plus résistantes à l’insuline, et leurs poulains étaient significativement plus touchés par l’ostéochondrose à 12 mois. Tous les poulains de cette étude avaient le même père.
Les signes et le diagnostic
La plupart des cas sont légers à modérés. Bruneau cite comme signes un gonflement de l’articulation, appelé épanchement, une boiterie en général légère et une douleur à la flexion. Beaucoup de lésions ne donnent aucun signe et ne se voient qu’à la radiographie. Certaines lésions radiographiques guérissent ou se stabilisent avant 12 mois. Bruneau note que l’échographie s’est montrée plus sensible que la radiographie pour repérer ces lésions.
Ce que tu fais en élevage
- Laisse le poulain dehors, avec un exercice libre et régulier.
- Fais établir sa ration avec ton vétérinaire ou un nutritionniste, sans excès de concentrés.
- Surveille la mère pendant la gestation : un état d’embonpoint excessif n’est pas un atout.
- Renseigne-toi sur les radiographies de l’étalon : Bruneau indique que certains pays européens examinent les articulations des candidats reproducteurs.
- Avant une vente, prévois des radiographies : Bruneau note que les lésions pèsent sur le prix.
Les options de traitement vont de la réduction de l’exercice à la chirurgie, que Bruneau décrit comme une solution courante, aujourd’hui souvent par arthroscopie. La décision revient au vétérinaire, au vu des images et de l’âge du poulain. Si tu achètes un jeune cheval, notre guide pour acheter un poulain chez un éleveur détaille les étapes de l’achat.
Sources : P. Bruneau, travail de fin d’études sur la sélection génétique et l’ostéochondrose du cheval, faculté de médecine vétérinaire, université de Liège, 2021-2022 · Wikipédia, « Ostéochondrite ».